Il y a une heure particulière dans le Vieux-Québec en automne. C'est le matin, entre sept et neuf heures, quand les touristes ne sont pas encore sortis et que les résidents se glissent entre les ruelles pour aller chercher leur café. La lumière est encore basse, les pavés sont humides d'une nuit fraîche, et on entend parfois de loin un moteur qui passe sur le boulevard Champlain. Ce moment appartient à ceux qui se lèvent tôt. Il a une saveur unique.
Le Vieux-Québec en automne est une expérience à part. Les couleurs des arbres sur les plaines d'Abraham, le ciel souvent dramatique, les façades en pierre qui prennent une teinte plus sombre avec la pluie. C'est une ville qui se transforme, qui perd ses atours touristiques les plus conventiels pour révéler quelque chose de plus intime, de plus réel. Et pour qui aime les voitures et le café, c'est aussi l'une des meilleures saisons pour explorer la région en combinant les deux.
La saison des routes désertes
L'automne est la saison préférée des conducteurs passionnés au Québec. Les grands axes touristiques se vident. La route de la Côte-de-Beaupré, qui en juillet ressemble parfois à un parking, redevient une vraie route, fluide, avec de l'espace et une vue dégagée sur le fleuve. Les forêts qui bordent les collines de Charlevoix explosent de rouge et d'orange. Et si vous avez la chance d'être au volant de quelque chose qui sonne bien, la musique du moteur dans ces paysages d'automne est simplement parfaite.
Les amateurs de Porsche connaissent bien ce sentiment. Une 911 GT3 dont le six cylindres à plat monte dans les tours dans une ligne droite encadrée de bouleaux dorés, c'est une image qui mérite d'être vécue au moins une fois. Même une 718 Boxster avec capote ouverte sur une route secondaire de la Côte-de-Beaupré, à 10 degrés et avec l'odeur des feuilles mouillées: franchement, il y a pire comme début de journée.
Le Vieux-Québec à pied, entre deux trajets en voiture
Le Vieux-Québec se visite à pied. C'est incontournable. Mais rien n'empêche de garer la voiture sur les hauteurs et de descendre à pied vers le Petit-Champlain, de passer sous la porte Saint-Louis, de longer les remparts avec le vent d'automne qui fait voltiger les feuilles mortes. C'est un circuit naturel qui prend une heure ou deux selon le rythme, et qui comprend nécessairement plusieurs arrêts café.
Le café de l'automne dans le Vieux-Québec, c'est souvent un allongé, quelque chose de chaud et de rassurant, bu debout devant un comptoir ou assis à une petite table près d'une fenêtre embuée. La ville qui s'éveille dehors, les passants emmitouflés, et cette tasse entre les mains qui réchauffe autant les doigts que le moral. C'est un plaisir simple, mais c'est exactement ce genre de plaisir simple qu'on a parfois envie de défendre avec un peu de sérieux.
Le Petit-Champlain en couleurs d'automne
Le quartier Petit-Champlain est probablement encore plus beau en automne qu'en plein été. Les grimpantes qui couvrent certaines façades virent au rouge profond. Les terrasses sont vides ou presque, ce qui donne au quartier un caractère plus posé, plus local. On peut prendre le temps de s'arrêter devant les vitrines des galeries, de s'engager dans une ruelle sans savoir exactement où elle mène, de s'asseoir sur un banc et de ne rien faire pendant cinq minutes.
C'est dans cet esprit d'exploration tranquille que le café joue un rôle de premier plan. Il donne une raison de s'arrêter. Il crée un rythme dans la promenade. On marche, on regarde, on boit, on repart. L'automne québécois est fait pour ça: pour les gens qui savent ralentir sans s'ennuyer, qui trouvent dans une tasse de café et une ruelle pavée autant de matière à réflexion que dans une heure de grand dérapage sur circuit.
Rentrer sous les étoiles
En automne, les nuits tombent vite. À dix-huit heures, le Vieux-Québec est déjà dans la pénombre, les réverbères sont allumés, et les pavés mouillés reflètent les lumières des boutiques encore ouvertes. C'est l'heure de reprendre la voiture, de quitter les ruelles pour rejoindre les grandes artères, et de rentrer avec cette légère fatigue satisfaite des bonnes journées.
Sur la route du retour, quelque part entre Québec et Montréal ou vers Charlevoix, il y a souvent un dernier café de la journée. Une station-service ou un petit resto de bord de route, rien d'extraordinaire, mais c'est celui-là qu'on retient parfois le mieux. Parce qu'il clôt quelque chose, parce qu'il marque la fin d'une journée bien remplie, parce que le moteur qui tourne encore dans le parking et la tasse fumante dans la main forment une combinaison qui n'a besoin d'aucune justification.